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L'Édito du PDG sur les matériaux

Matériaux: Québec doit assumer ses responsabilités!

Si le Budget du Québec et le Plan d’action dans la construction, déposés récemment, nous ont donné l’occasion de nous réjouir, c’est parce que le gouvernement a enfin répondu à plusieurs demandes de la part de l’industrie dont plusieurs émanent de la CEGQ. D’ailleurs, nous lui sommes reconnaissants qu’il se donne enfin les moyens de soutenir à moyen terme l’industrie.

Mais, le Plan construction ne répond pas à tout. C’est particulièrement le cas à court terme avec les hausses soudaines des prix des matériaux. Certes, l’augmentation des prix et les pénuries des matériaux sont des enjeux abordés dans le Plan, mais rien dans l’analyse ne reconnaît l’ampleur réelle de la situation. Aucune donnée ne tient compte des prix en 2021; le Plan évite le problème et cette absence de reconnaissance alimente le désintérêt des entrepreneurs pour les contrats publics.

Pourtant, ça ne devrait pas être une surprise pour le gouvernement. Depuis le mois d’avril 2020, nous n’avons de cesse de le mettre en garde à savoir que l’industrie n’était pas à l’abri de ces importantes hausses de prix des matériaux dans un contexte de pandémie, et ce combiné à l’accélération des projets.

En 2020, préoccupée par le fait que plusieurs entrepreneurs nous exprimaient leurs inquiétudes, la CEGQ, en collaboration avec l’APCHQ, l’ACQ et le Conseil de l’industrie forestière, commandait un sondage. Les résultats de celui-ci, réalisé par la firme Léger au mois de janvier dernier et en partie financé par le ministère de l’Économie et de l’Innovation, sont sans équivoque : la majorité des 700 entrepreneurs interrogés subissent d’importantes turbulences dans la chaîne d’approvisionnement, et ce, tant au niveau des prix que de la disponibilité des matériaux au point d’affecter la rentabilité des projets voire la viabilité de certaines entreprises.

D’ailleurs, le Journal de Montréal faisait état, dans son édition du 20 mars dernier, d’une augmentation des prix du bois de l’ordre de 300% en un an. Pour sa part, le prix de l’acier a doublé en près de 60 jours, tout comme plusieurs autres types de matériaux qui subissent actuellement des hausses vertigineuses. Les indices sur le marché américain vont dans le même sens.

Évidemment, la construction a déjà connu des périodes de surchauffe. Toutefois, les hausses actuelles, aussi imprévisibles soient-elles, sont sans précédent et rien n’indique que la situation changera. Les États-Unis sont aux prises avec le même phénomène et comme ici, les donneurs d’ouvrage ne font rien.

Ainsi, dans ce contexte de volatilité des prix, participer à un appel d’offres au plus bas soumissionnaire, constitue un véritable risque pour les entrepreneurs. Qui peut actuellement prédire le coût des matériaux dans 120 jours?

Les dispositions contractuelles de la grande majorité des appels d’offres publics ne comportent aucune protection contre les hausses imprévisibles en fait, les clauses d’indexation des prix dans le secteur du bâtiment sont quasi inexistantes. Dans un appel d’offres par exemple, la clause est écrite ainsi «L’Entrepreneur est seul responsable de l’augmentation du coût des matériaux et de la main-d’œuvre ». Donc, le message envoyé aux soumissionnaires par les donneurs d’ouvrages est simple : «Vous soumissionnez à vos risques et périls ».

Malheureusement, pour certains entrepreneurs, il est déjà trop tard, les soumissions sont déposées et les contrats sont signés, les travaux ont débuté et les factures de matériaux arrivent. Les donneurs d’ouvrages disent qu’ils comprennent, mais la plupart ne font rien. Ces entrepreneurs devront absorber le choc, qui dans certains sera brutal, voire fatal. La situation est devenue hors de notre contrôle, et maintenant que nous sommes pleinement dans cette crise, l’intervention du gouvernement est plus que nécessaire.

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